Retour à la naissance de Yoko Tsuno

 
1 - Le Trio de l'étrange

2 - L'Orgue du diable
 
3 - La Forge de Vulcain
 
4 - Aventures électroniques
 
5 - Message pour l'éternité
 
6 - Les Trois soleils de Vinéa
 
7 - La Frontière de la vie
 
8 - Les Titans
 
9 - La Fille du vent
 
10 - La Lumière d'Ixo
 
11 - La Spirale du temps
 
12 - La Proie et l'ombre
 
13 - Les Archanges de Vinéa
 
14 - Le Feu de Wotan
 
15 - Le Canon de Kra
 
16 - Le Dragon de Hong Kong
 
17 - Le Matin du monde
 
18 - Les Exilés de Kifa
 
19 - L'Or du Rhin
 
20 - L'Astrologue de Bruges
 
21 - La Porte des âmes
 

Couverture de l'album
Après deux séjours terrestres, le moment est venu de regagner Vinéa. La Porte des âmes est proposé du 29 mai au 14 août 1996, dans les numéros 3033 à 3044 de SPIROU. L'âge et le perfectionnisme grandissant de l'artiste l'incitent à réduire son rythme qui n'est plus que d'un album tous les deux ans environ, mais la densité de l'intrigue et la méticulosité du dessin pallient cet inconvénient. A un certain niveau de succès, les exigences croissent constamment. Il faut sans cesse se renouveler, améliorer la qualité de l'ensemble et combattre le doute qui harcèle le créateur. Cela demande soixante bonnes heures de travail par semaine pendant des périodes de plus en plus longues pour établir les quarante-quatre planches que l'on apportera enfin en bloc à la Rédaction, à la fois soulagé et navré de ne pouvoir remettre à nouveau en chantier l'ouvrage, à tête reposée, pour modifier certaines séquences sous l'influence d'idées nouvelles. Même s'il est vain de vouloir refaire le monde après l'avoir créé, Leloup est son plus sévère critique.
 
— Si je devais refaire La Porte des âmes, je supprimerais le personnage d'Ethéra, constate-t-il. Avec le recul, je me demande s'il n'y a pas eu un personnage de trop qui a compliqué l'intrigue. J'aurais pu faire l'histoire uniquement avec Litsy et sa mère. Je me suis en fait attaché à cette androïde et je n'ai finalement pas eu assez de pages pour expliquer l'ensemble et développer le suspense de conclusion. Mais c'est cependant le premier album dont l'impression me satisfait totalement.

Une nouveauté technique le réjouit en effet : c'est la première histoire dont les couleurs ont été réalisées à l'ordinateur par le studio Leonardo. Pour un homme passionné par le progrès, voici une étonnante évolution pleine de promesses. Ses indications ont toujours été extrêmement fouillées et transposées avec le maximum de fidélité par les coloristes spécialisées de son œuvre, mais la main humaine n'est pas à l'abri de défaillances, les fonds restent limités en réalisation traditionnelle, les possibilités de modifications demeurent restreintes une fois le travail achevé. Par commodité, on laisse parfois passer des choses que l'on regrette ensuite. A l'écran, tout s'avère adaptable si le besoin s'en fait sentir, les dégradés sont parfaitement équilibrés, les zones unies ne présentent aucune des failles traditionnelles du pinceau. Les variations d'une même teinte de base sont infinies. Cette multiplication des possibilités a tout pour plaire au perfectionniste, qui s'entoure lui-même de ce que l'électronique apporte comme amélioration à la vie quotidienne.
Auparavant, la publication représentait un peu une loterie. Ce qui passait apparemment bien au niveau du matériel colorié manuellement pouvait subir des transformations imprévues à la photogravure. Grâce à la vision sur écran et aux épreuves spéciales, l'artiste peut désormais contrôler avec plus de précision le résultat final. Après une brève hésitation quant à l'intérêt de cette modernisation, Leloup est conquis.

— Nous arrivons enfin à une grande finesse dans la réalisation des coloriages, remarque-t-il. Les grandes surfaces continues étaient souvent un peu pauvres ou approximatives malgré les jeux de lumière et les ombrages. Ici, la technique permet de réaliser dans les rochers, par exemple, des dégradés différents, quoique situés dans la même gamme.

La maquette du Ryu réalisée par Roger Leloup
 
Les gris sont propres et l'ensemble est très soigné. Le rendu dépend évidemment du support. Dans le journal, sur un papier plus glacé, c'était plutôt brillant, mais, même sur le support plus mat des albums, les atmosphères conservent leur chaleur et une véritable luminosité. A ses débuts, Yoko souffrait parfois d'un teint franchement trop jaune. Elle possède désormais une carnation parfaitement équilibrée.