Retour à la naissance de Yoko Tsuno

 
1 - Le Trio de l'étrange

2 - L'Orgue du diable
 
3 - La Forge de Vulcain
 
4 - Aventures électroniques
 
5 - Message pour l'éternité
 
6 - Les Trois soleils de Vinéa
 
7 - La Frontière de la vie
 
8 - Les Titans
 
9 - La Fille du vent
 
10 - La Lumière d'Ixo
 
11 - La Spirale du temps
 
12 - La Proie et l'ombre
 
13 - Les Archanges de Vinéa
 
14 - Le Feu de Wotan
 
15 - Le Canon de Kra
 
16 - Le Dragon de Hong Kong
 
17 - Le Matin du monde
 
18 - Les Exilés de Kifa
 
19 - L'Or du Rhin
 
20 - L'Astrologue de Bruges
 
21 - La Porte des âmes
 

Planche de Jacky et Célestin
En cette soirée de Noël 1968 où j'esquissais Yoko pour la première fois, j'étais loin d'imaginer que cette héroïne à la vie mouvementée allait bousculer la mienne, constate Roger Leloup.

"— Je préparais un scénario pour la série “Jacky et Célestin” créée par Peyo. Ces personnages rencontraient un Japonais venu en Europe pour négocier le brevet d'une araignée mécanique. Des financiers véreux volaient ce robot... Jacky et Célestin aidaient à le récupérer et une figurante effectuait la liaison entre eux et l'électronicien nippon, Yoko, la sœur de ce dernier. Son nom m'avait été inspiré par l'actrice de cinéma Yoko Tani. Autant son frère était gros et mou, autant Yoko était pétillante! Judo et aïkido n'avaient pas de secret pour elle...

C'est en dessinant ce personnage féminin que je me suis rendu compte qu'il m'intéressait. Le projet est tombé à l'eau et, lorsque j'ai été incité à développer ma propre série, Jacky et Célestin ont été remplacés par Vic et Pol."

 
"— Je leur ai adjoint Yoko pour donner un côté charme à l'aventure et j'ai choisi “Le Gouffre aux esprits” comme titre initial de travail pour leur grande aventure souterraine. Ainsi, un an plus tard, à la veille de la Noël 1969, Monsieur Dupuis a accepté qu'elle devienne une héroïne du Journal de SPIROU. Le 24 septembre 1970, elle entamait sa carrière !"

La profession de l'héroïne coula pratiquement de source : elle serait électronicienne et à la pointe des techniques modernes comme son “ex-frère”.
"— J'avais dans mes cartons un projet d'hôtesse de l'air. J'hésitais sur les prénoms Sabine ou France selon qu'elle aurait travaillé pour la Sabena belge ou Air France, mais Walthéry et Gos ont lancé Natacha. Il n'était donc pas question d'en créer une seconde.

Je me suis dit qu'une héroïne travaillant dans le milieu de la télévision n'avait pas encore été lancée. Or, je venais d'avoir l'occasion de réaliser une animation pour Hergé sur le thème de On a marché sur la Lune. Elle est passée à la télévision belge en juillet 1969 lorsque Armstrong fit ses premiers pas sur la Lune. J'étais donc parfaitement documenté à ce niveau et je me suis efforcé de définir le personnage par son métier, comme il était de règle dans la bande dessinée.

Mais j'ai voulu lui donner d'autres qualités plus personnelles et humaines que cet habillage traditionnel. Yoko représente peut-être le type de jeune fille qu'il m'aurait plu de rencontrer à 16-18 ans... Malheureusement, à cette époque, elles étaient moins décomplexées et surtout moins libres. J'ai fait par la suite connaissance d'une amie qui ressemblait un peu à Yoko et avait une conception très moderne de la femme. C'était la période où la mixité devenait de règle dans les écoles, les jeunes filles roulaient en cyclomoteur et commençaient à accéder à tous les métiers..."

"— Yoko est vive, alerte et orientale dans sa façon de concevoir les problèmes. Elle laisse de côté le superflu pour ne voir que le fond de chaque problème et n'hésite pas à intervenir dans ceux-ci, ce qui la plonge souvent dans des situations critiques. C'est pour moi l'amie, la sœur que je n'ai jamais eue : gaie, franche, mais un rien énigmatique... Je réalise par elle mes rêves de jeunesse.

Elle a le courage, le sang-froid, la confiance et la résistance physique qui m'ont toujours fait défaut. Et j'essaie de la rendre suffisamment jolie pour attirer la sympathie. Au départ, je ne savais pas trop comment réaliser mes personnages car je manquais totalement d'expérience dans ce domaine. Tillieux m'avait conseillé d'aller vers le côté humoristique traditionnel dans le Journal de SPIROU.

Mes expériences avec Peyo et Francis m'orientaient aussi dans cette direction. C'est par la suite que je me suis rendu compte que ce n'était pas du tout mon genre. Je faisais de trop grosses têtes et Yoko avait des bras comme des bouts de bois. Mon véritable style, plus proche du réalisme, s'est dégagé en dessinant..."


Couverture de l'album