Retour à la naissance de Yoko Tsuno

 
1 - Le Trio de l'étrange

2 - L'Orgue du diable
 
3 - La Forge de Vulcain
 
4 - Aventures électroniques
 
5 - Message pour l'éternité
 
6 - Les Trois soleils de Vinéa
 
7 - La Frontière de la vie
 
8 - Les Titans
 
9 - La Fille du vent
 
10 - La Lumière d'Ixo
 
11 - La Spirale du temps
 
12 - La Proie et l'ombre
 
13 - Les Archanges de Vinéa
 
14 - Le Feu de Wotan
 
15 - Le Canon de Kra
 
16 - Le Dragon de Hong Kong
 
17 - Le Matin du monde
 
18 - Les Exilés de Kifa
 
19 - L'Or du Rhin
 
20 - L'Astrologue de Bruges
 
21 - La Porte des âmes
 

Couverture de l'album
Publié dans les numéros 2081 à 2100 de l'hebdomadaire SPIROU, du 2 mars au 13 juillet 1978, La Fille du vent constitue un retour aux sources pour Yoko.
"— La plupart des héros de BD n'ont pas de parents, pas de famille, remarque Roger Leloup. Je suis un père de famille qui a des enfants. Ça me gênerait beaucoup que mes enfants disent “je n'ai pas de père, ni de mère”… Alors, j'ai voulu ramener Yoko dans son pays natal pour faire comprendre pourquoi elle était partie seule. J'avais prévu de la ramener au Japon chez ses parents, mais la nécessité de donner la priorité à l'aventure a rendu cet élément relativement secondaire."

"— Depuis qu'elle partage mon existence, j'ai appris à la connaître et je voulais répondre à l'attente du public qui s'interrogeait sur ses antécédents. J'avais annoncé la couleur dès sa première apparition, au début de Hold-up en Hi-Fi. Yoko entrait dans une banque pour adresser un mandat au Japon. Elle n'entretient certainement pas un  petit ami, mais envoie de l'argent à sa famille. Elle vit en Europe, mais, comme tous les Japonais, elle a un culte des siens que nous ne concevons pas. Pour eux, la famille est sacrée. Il n'existe pas une Japonaise qui abandonne ses parents. Elle devait les retrouver tôt ou tard, dès que la possibilité lui en serait offerte."

 
Le personnage lui-même s'affine au fil des albums et développe graduellement sa propre identité, avec, de plus en plus fréquentes, des notations proches de la culture orientale. Au début, Yoko était une héroïne somme toute classique, assurément de teint plutôt jaune, mais elle livrait assez peu de références quant à son univers d'origine.


"— Lorsque j'ai commencé Yoko, j'ai eu peur de lui afficher trop vite des sentiments, constate Leloup. Avec sa petite bouille encore en évolution, elle n'avait pas au départ la notoriété nécessaire pour exprimer certaines notions fortes. Elle devait faire ses preuves. On ne la connaissait pas, on n'avait pas encore cette confiance en elle. Ce sont les lecteurs qui m'ont porté à aller au-delà de la simple aventure visuelle et de laisser plus transparaître le côté mental de Yoko. Je lui ai ainsi donné graduellement ce côté oriental qui dévoile la pensée par des métaphores. Elle est très occidentalisée, mais elle est tout de même venue avec son kimono et le revêt avec plaisir.


Je situe son foyer sur une petite île dont je ne donne pas le nom dans l'album car elle est imaginaire, signale Leloup. Je l'ai réutilisée largement en fait plus tard, dans mon roman sur la jeunesse de Yoko, où je l'appelle l'île du Songe. J'ai refait en quelque sorte un microcosme du Japon. Je ne pouvais pas la faire évoluer dans des sites réels, des temples et lieux où des milliers de personnes circulent chaque jour. Le décor est donc entièrement recomposé; par contre, le cuirassé Yamato est authentique. J'en ai construit une énorme maquette."

Couverture de lancement dans le journal de Spirou en 1978
 
La société japonaise repose moins sur les sentiments que sur les principes, érigés en code suprême. Leloup assure habilement la dramatisation psychologique de cette aventure très visuelle par l'infraction plus ou moins volontaire à ces règles. Ainsi, Kasuky perd-il réellement la face et son honneur dans ce récit en choisissant pour base un cuirassé immergé, profanant ainsi la sépulture des marins tombés au combat. Pour neutraliser l'ultime typhon, Seisi Tsuno sera contraint d'en appeler au feu atomique ravageur : l'horreur totale pour une nation qui en a tant souffert.

Yoko perdra un des piliers de son existence avec le sacrifice du fidèle Aoki, l'ancien kamikaze qui donne sa vie pour préserver le Japon. C'est une dure leçon pour la “fille du vent” qui voulait humilier Kazuky, mais n'est-ce pas dans la souffrance que se forgent et se révèlent les êtres? Yoko est désormais totalement entrée dans l'existence de Roger Leloup. Le créateur voit le personnage évoluer selon sa personnalité profonde et exiger une disponibilité totale de sa part. Il en parle de plus en plus souvent comme s'il s'agissait d'une personne de chair et de sang, un membre de sa famille, qui, après les hésitations de l'enfance, occupe son propre territoire et impose sa vision personnelle du monde. Mais qui ne tomberait pas sous le charme d'une telle héroïne?

"— Aujourd'hui, je ne pourrais plus abandonner le personnage de Yoko, confie l'auteur à l'occasion d'un dossier de presse réalisé à cette époque. Je m'y suis attaché profondément. Je ne maîtrise plus son existence. A force de vivre à mes côtés, Yoko est devenue une partie de ma vie. Pour moi, elle n'est pas uniquement un personnage de papier qui vit seulement dans les albums et dans la tête de son créateur. Elle a pris son autonomie et est devenue une véritable jeune fille d'aujourd'hui. Son caractère est devenu plus complexe, sa personnalité plus riche. Je crois que maintenant Yoko a atteint sa pleine maturité..."