Retour  la naissance de Yoko Tsuno

 
1 - Le Trio de l'étrange

2 - L'Orgue du diable
 
3 - La Forge de Vulcain
 
4 - Aventures électroniques
 
5 - Message pour l'éternité
 
6 - Les Trois soleils de Vinéa
 
7 - La Frontière de la vie
 
8 - Les Titans
 
9 - La Fille du vent
 
10 - La Lumière d'Ixo
 
11 - La Spirale du temps
 
12 - La Proie et l'ombre
 
13 - Les Archanges de Vinéa
 
14 - Le Feu de Wotan
 
15 - Le Canon de Kra
 
16 - Le Dragon de Hong Kong
 
17 - Le Matin du monde
 
18 - Les Exilés de Kifa
 
19 - L'Or du Rhin
 
20 - L'Astrologue de Bruges
 
21 - La Porte des âmes
 

Couverture de l'album
C'est en Allemagne, sur les bords de la Moselle, qu'il va avoir le “coup de foudre” pour La Proie et l'ombre, publié dans les numéros 2244 à 2264 de l'hebdomadaire SPIROU, du 16 avril au 3 septembre 1981. Il effectuait en fait un repérage préparatoire au château d'Etz, non loin de Coblence, pour le scénario de ce qui deviendra deux ans plus tard Le Feu de Wotan.

"— J'ai laissé tomber la photo du château par terre et je me suis baissé pour la ramasser, raconte Leloup. En me relevant trop brusquement, j'ai eu une sorte d'éblouissement et j'ai distingué deux châteaux. Pendant un bref moment, j'ai vu tout de façon dédoublée. En cette fraction de temps, j'avais une histoire : deux châteaux, des pièces doubles, une héroïne double. Le thème de la sosie ou de la jumelle est souvent présent dans mes scénarios. Lorsque j'étais jeune, j'ai connu deux filles qui étaient des jumelles, avec un caractère tout à fait différent."

 
"— Il est possible que cela ait une certaine influence sur mon imagination. Mais je voyais ainsi Yoko mêlée à une histoire de fantôme en Ecosse. J'avais en tête l'image-clé autour de laquelle allaient se développer aventure et anecdotes. Le reste est une question de travail et de patience. Je dors souvent d'un demi-sommeil. Il arrive à certaines heures de la nuit que mes rêves deviennent plus conscients. Les éléments de scénario que je ne savais comment agencer la veille se précisent et commencent à entrer dans une construction. Ils prennent parfois des proportions imprévisibles et le fantastique apparaît. J'ai un faible pour Jean Ray et Edgar Poe. J'essaie toujours de faire la part entre le réel et l'irréel sans négliger l'un et l'autre. A l'heure actuelle, on a besoin de fantastique pour rêver, car tout a été exploré, mais il faut conserver un juste équilibre. Lorsque je commence un album, je connais le début et la fin ainsi que certains points charnières importants. Mais, sauf exceptions, je suis loin d'avoir une structure aboutie, découpée planche par planche et image par image. Je fais confiance à mon imagination et la gestation dure dix à onze mois. Je relis régulièrement ce qui est terminé et il m'arrive de modifier certains dialogues lorsque j'ai l'impression d'en tenir des meilleurs. C'est pourquoi, de plus en plus, je ne remets massivement mes planches à l'éditeur que lorsque j'ai derrière moi au moins les deux tiers de l'album."

 


Extrait du crayonné de la planche 10A. Roger Leloup poussele crayonné avec une précision et un soin tels que l'encrage final devient presque une formalité.

Après une série d'épisodes dominés par la technologie futuriste, La Proie et l'ombre offre le charme d'un week-end automnal de détente en Ecosse, loin des mécaniques sophistiquées. L'atmosphère domine et la science ne joue qu'un rôle subsidiaire pour expliquer une suite de péripéties apparemment fantastiques. Comme dans la Lumière d'Ixo (planche 20), la projection holographique est utilisée ici, mais cette fois en élément majeur de l'intrigue. En résolument moderne, ce n'est pas sans rappeler les illusions “précinématographiques” utilisées par Jules Verne pour expliquer l'apparition du fantôme féminin du Château des Carpathes. Dans sa démarche créatrice, Roger Leloup ressemble beaucoup à ce grand conteur dont certaines œuvres ont enchanté son enfance à Verviers.
On me demande parfois si j'ai subi l'influence de Jacobs, auquel il m'est arrivé de donner un coup de main pour le coloriage de la “Chose” dans Le Piège diabolique, remarque-t-il. Jacobs s'apparente plus à Wells qui a utilisé la science essentiellement pour transposer des problèmes psychologiques ou sociaux.

Couverture de lancement dans le journal de Spirou en 1981
 
Ce ne sont pas des mécaniciens, des techniciens., mais des visionnaires. Tout ce qui est possible est là et ils cherchent à évoquer des choses qui impressionnent, mais ils ne reprennent pas comme Jules Verne les explications scientifiques montrant que ça peut marcher. Chez Jules Verne, le récit est moins important que l'explication, le miracle scientifique. Sa démarche m'a certainement influencé, car je cherche avant tout à ce que l'on puisse construire l'engin et qu'il fonctionne. Je me documente énormément pour construire mes machines.

Il y a là une influence de son apprentissage dans le métier de dessinateur et de sa passion pour l'aéromodèlisme, les trains électriques, tout ce qui bouge, roule ou vole mécaniquement. Pour Leloup, une machine est avant tout une structure bien conçue pour le service qu'on attend d'elle. Même imaginaires, ses engins pourraient être construits.