Retour  la naissance de Yoko Tsuno

 
1 - Le Trio de l'étrange

2 - L'Orgue du diable
 
3 - La Forge de Vulcain
 
4 - Aventures électroniques
 
5 - Message pour l'éternité
 
6 - Les Trois soleils de Vinéa
 
7 - La Frontière de la vie
 
8 - Les Titans
 
9 - La Fille du vent
 
10 - La Lumière d'Ixo
 
11 - La Spirale du temps
 
12 - La Proie et l'ombre
 
13 - Les Archanges de Vinéa
 
14 - Le Feu de Wotan
 
15 - Le Canon de Kra
 
16 - Le Dragon de Hong Kong
 
17 - Le Matin du monde
 
18 - Les Exilés de Kifa
 
19 - L'Or du Rhin
 
20 - L'Astrologue de Bruges
 
21 - La Porte des âmes
 

Couverture de l'album
À la conclusion du Canon de Kra, la fibre maternelle paraît s'éveiller chez Yoko. Elle a toujours été une grande sœur pour les enfants qui, telle Poky, partagent ses aventures, mais on ressent une nostalgie dans son aveu à ses compagnons : “Je me vois très bien berçant ma petite fille que j'appellerai...” Pour son père spirituel, ses désirs sont des ordres. Il le précise dans la préface de L'Ecume de l'aube : “J'ai appris à connaître Yoko, à fouiller dans ses rêves pour lui offrir l'imprévu qu'elle me réclame.”

La gageure est cependant redoutable à relever, car les “héroïnes” perdent beaucoup de leurs possibilités d'évolution lorsqu'elles optent pour la vie familiale, casanière par définition. Le public attend d'elles une disponibilité constante à l'égard de l'aventure. Roger Leloup n'hésite cependant pas à exaucer le vœu formulé. A la suite d'une péripétie étonnante dans la carrière d'un auteur européen, il a en fait déjà sa petite idée pour concrétiser ce sujet délicat, ainsi qu'une bonne connaissance du décor où il va faire évoluer Yoko.

 

"— Un jour, j'ai reçu une lettre de Hong Kong, précise-t-il. Un éditeur local me demandait si je voulais bien lui faire une histoire de Yoko se déroulant là-bas, pour parution en chinois. Moi qui ne bougeais guère de chez moi, je m'y suis précipité par curiosité. Lorsque l'avion a atterri, je me suis senti totalement dépaysé, un peu comme Ingrid Bergman dans L'Auberge du sixième bonheur, un de mes films préférés. Je découvrais un petit bout de Chine ailleurs que dans les livres. Un ami journaliste français m'y a heureusement pris en charge et j'ai rassemblé la documentation nécessaire avant de voir mon “client”. Le décor me plaisait beaucoup pour une histoire à publier dans SPIROU et que mon solliciteur pourrait disposer en replacement, voire éventuellement même en primeur. Les pourparlers ont été longs, et suis rentré à la maison bredouille avant de retourner plus tard à Hong Kong avec ma fille, en touriste, pour compléter la documentation rassemblée, mais en espérant encore l'ouverture de cette petite porte sur le marché asiatique. Une nouvelle fois, j'ai vu mes solliciteurs. Nous dînions au débarcadère du ferry qui fait le trajet de Kowloon à Hong Kong et j'ai insisté : “Ecoutez, si ce contrat n'est pas signé demain, je reprends mes billes et je m'en vais. Je suis venu deux fois ici. A vous de choisir maintenant, vous vous décidez ou pas !” Le lendemain, c'était signé.

Couverture de lancement dans le journal de Spirou en 1986
 
Mais ils m'avaient demandé si je pouvais présenter Yoko comme une Chinoise et travailler pour les plus petits dans cette histoire. Je ne voulais pas changer Yoko. La seule possibilité était d'y placer une enfant et j'ai créé Rosée du Matin comme un personnage à part. Dans un certain sens, je pourrais même lui faire vivre de petites aventures personnelles en dehors de Yoko, de manière indépendante. J'ai envisagé un instant de réaliser de petits ouvrages illustrés pour enfants : Rosée se lève, Rosée va à l'école ou chez le dentiste, les sujets habituels de ce genre de série, mais j'avais aussi imaginé une histoire plus originale avec les Three Six (les Trois Six), où Rosée et la petite vinéenne Poky rencontreraient un ange assez singulier, une ancienne pirate de la mer de Chine condamnée à revenir sous la forme d'un enfant pour expier ses méfaits... Son langage étant évidemment fort marqué par sa précédente existence, cela aurait donné un beau contraste."