Retour  la naissance de Yoko Tsuno

 
1 - Le Trio de l'étrange

2 - L'Orgue du diable
 
3 - La Forge de Vulcain
 
4 - Aventures électroniques
 
5 - Message pour l'éternité
 
6 - Les Trois soleils de Vinéa
 
7 - La Frontière de la vie
 
8 - Les Titans
 
9 - La Fille du vent
 
10 - La Lumière d'Ixo
 
11 - La Spirale du temps
 
12 - La Proie et l'ombre
 
13 - Les Archanges de Vinéa
 
14 - Le Feu de Wotan
 
15 - Le Canon de Kra
 
16 - Le Dragon de Hong Kong
 
17 - Le Matin du monde
 
18 - Les Exilés de Kifa
 
19 - L'Or du Rhin
 
20 - L'Astrologue de Bruges
 
21 - La Porte des âmes
 

Couverture de l'album
"— A Hong Kong, j'avais été intrigué par une affiche : “Every monday and friday, we bring you to the morning of the world !” Tous les lundis et vendredis, nous vous menons au “matin du monde”! Mon guide m'a expliqué qu'il s'agissait d'un vol bihebdomadaire pour l'île de Bali qui exploite cette poétique dénomination. Cela m'est resté à l'esprit et j'ai proposé plus tard à ma fille de découvrir le “matin du monde”. C'était la Toussaint, il faisait un temps exécrable en Belgique et nous avons vécu un changement total de climat : il y règnait une chaleur écrasante. Beaucoup de choses m'ont impressionné là-bas. Les chauve-souris tout d'abord : des milliers de ces volatiles suspendus au plafond d'une grotte transformée en temple où se recueillaient les fidèles lors d'une cérémonie pour une naissance.
C'était étonnant ces oiseaux accrochés par leurs pattes, les ailes repliées, et observant le public agenouillé en sari. On se demandait qui regardait l'autre. Je me suis même mis à l'envers pour déterminer comment les chauve-souris voyaient l'assistance. J'ai assisté aussi à une vraie crémation en plein air, une forme de fête dans l'île.
 
Les défunts sont conservés le temps nécessaire pour rassembler les fonds destinés à leur procurer une fin digne de leur rang. Certains bûchers sont de vrais monuments décoratifs, mais, durant la cérémonie, les ordonnateurs du service injectent du pétrole dans le brasier par de grands tuyaux pour attiser le brasier. Lorsque c'est terminé, la population rassemble les cendres et part en camions, femmes et hommes séparés, pour les jeter à la mer."

Pour développer son intrigue, Leloup fait appel au translateur de Monya, évoqué dans La Spirale du Temps (cf. le quatrième tome de cette série). La possibilité d'intervenir sur le passé sans bouleverser son futur impose des règles délicates, mais débouche sur des paradoxes fascinants. En éclaircissant l'intérêt spontané qu'avait eu Yoko dans cet épisode pour un bas-relief consacré à une danseuse sacrée sur un temple de Bornéo, l'auteur tend une passerelle entre plusieurs univers séparés. à ce moment là, Yoko n'avait pas encore voyagé dans le passé, mais il était écrit dans la pierre qu'elle l'avait fait! Simplement, il lui fallait vivre cette aventure ultérieure pour le comprendre...
Cette idée d'une remarquable efficacité sera exploitée ultérieurement en point de départ de L'Astrologue de Bruges (cf. le septième volume), sous d'autres cieux et dans un tout autre contexte dramatique. Yoko maîtrise désormais les deux dimensions essentielles de l'existence : le temps et l'espace, tout en restant une charmante jeune femme aux sentiments exemplaires. Elle est désormais une véritable mère adoptive pour la petite Rosée et garde toute sa fidélité aux amis et amies venus se joindre à elle.

Le premier roman de Roger Leloup
 
Le Matin du monde paraît dans les numéros 2613 à 2630 de SPIROU, du 11 mai au 7 septembre 1988, tandis que Leloup relève un nouveau défi. S'il est visiblement au mieux de sa forme graphique, il s'interroge néanmoins parfois avec inquiétude sur l'avenir. Il a cinquante-cinq ans et est considéré comme une vedette dans son art, la bande dessinée, mais est-il encore capable de s'évader de ce milieu étroit ? Ses scénarios sont contruits aussi rigoureusement que des romans, mais il regrette parfois que les “images” ne lui permettent pas de travailler la magie des mots.
Il se considère avant tout comme un conteur et, parfois, lorsque l'âge lui pèse ainsi que la crainte de perdre la sûreté du trait, il se rassure en se disant qu'il pourra toujours établir des scénarios pour d'autres, voire même l'aboutissement : un roman ouvrant la porte de l'imagination aux lecteurs désireux d'entrer dans ses rêves. Un dessin n'est jamais qu'une traduction personnelle d'une idée ou d'une scéne. L'écrit permet à chacun de les transposer à sa manière, c'est sa richesse fondamentale et sa supériorité sur les produits purement illustratifs. C'est lorsque l'album est fermé ou que le rideau tombe devant l'écran que le spectateur peut enfin composer ses propres visions mentales.