Retour  la naissance de Yoko Tsuno

 
1 - Le Trio de l'étrange

2 - L'Orgue du diable
 
3 - La Forge de Vulcain
 
4 - Aventures électroniques
 
5 - Message pour l'éternité
 
6 - Les Trois soleils de Vinéa
 
7 - La Frontière de la vie
 
8 - Les Titans
 
9 - La Fille du vent
 
10 - La Lumière d'Ixo
 
11 - La Spirale du temps
 
12 - La Proie et l'ombre
 
13 - Les Archanges de Vinéa
 
14 - Le Feu de Wotan
 
15 - Le Canon de Kra
 
16 - Le Dragon de Hong Kong
 
17 - Le Matin du monde
 
18 - Les Exilés de Kifa
 
19 - L'Or du Rhin
 
20 - L'Astrologue de Bruges
 
21 - La Porte des âmes
 

Couverture de l'album
L'organisation Hertzel sera de nouveau évoquée à l'ouvrage suivant, Le Canon de Kra, où l'intrépide Japonaise est dotée d'un petit bijou aérien, le Colibri. Leloup l'a calculé en véritable ingénieur aéronautique et en a établi une maquette en balsa pour pouvoir le dessiner selon tous les angles possibles.

"— Je voulais donner à Yoko son petit avion indépendant. Elle n'aurait assurément pas pu se le payer seule, constate-t-il. Un tel prototype est unique au monde : c'est un appareil que j'ai complètement inventé ! La cellule du dessus, avec l'équipement électronique miniaturisé, fait seulement trois cent cinquante à quatre cents kilos grâce à une coque en fibre de carbone très légère, la partie du dessous avec ses réacteurs est détachable : l'appareil se transforme ainsi en planeur le cas échéant. On peut changer le mode de propulsion selon les nécessités et j'ai en vue un futur Colibri à décollage vertical pour un projet qui ferait en quelque sorte suite à L'Or du Rhin."

 
Certains ont trouvé au départ une ressemblance entre cet appareil imaginaire et le F 16. Le dessinateur a délibérément inclus un F 16 dans l'histoire — aux pages 30 à 32 — pour bien montrer les différences et améliorations de son propre modèle.
En composant les scènes aériennes, il retrouve toute la passion de son adolescence pour cet univers encore presque inconnu à l'époque. Cette nostalgie se teinte d'un petit regret pour l'évolution de la jeunesse contemporaine vers l'indifférence à l'égard de ce qui a longtemps suscité l'engouement.

"— J'ai mis tout mon amour de l'aviation dans cette histoire. Il y a une image que j'aime beaucoup, lorsque le petit Colibri roule sur le tarmac devant le gigantesque Kawasaki, à la page 26. Un sacré travail pour respecter les proportions ! Cela m'a vraiment passionné de faire ce dessin. J'imagine volontiers le Colibri atterrissant dans mon jardin, il le pourrait... Il fait cinq mètres cinquante de largeur sur huit mètres cinquante de longueur. Yoko vole dans l'appareil que j'aurais aimé piloter si je m'étais dirigé vers une carrière dans l'aéronautique. Elle réalise mes rêves, mais j'ai été déçu par l'accueil fait à l'épisode et j'ai constaté que les récits d'aviation n'avaient plus tellement la cote."


"— On est tellement habitué à prendre l'avion que cela entre dans les mœurs, une sorte de banalité quotidienne. C'est pareil pour les histoires de voitures. Le lecteur n'idéalise plus les mécaniques courantes que l'on dessine. Il ne s'émerveille plus sur la qualité et le soin mis dans l'image. Personne ne me dit qu'il y a de beaux avions ou que la voiture de Yoko est bien rendue. C'est normal : on achète des maquettes en plastique et dispose de ces engins en trois dimensions une fois montés. On réagira à une erreur éventuelle de perspective ou de détail, mais l'enthousiasme a disparu. L'aspect aéronautique du récit n'a pas réellement accroché et je dois dire que je n'ai plus une grande confiance actuellement dans l'avenir des épisodes d'aviation. Il faut aller plus loin. Les engins spatiaux conservent heureusement le charme que nos inventions vulgarisées n'ont plus..."

Publié dans les numéros 2452 à 2455 de SPIROU, du 9 au 30 avril 1984, Le Canon de Kra dénonce une autre possibilité effrayante de la technique moderne. L'actualité a d'ailleurs rapidement concrétisé les craintes de l'auteur. Il y a eu l'affaire de l'ingénieur canadien Gérald Bull, abattu à Bruxelles par un service secret, car son activité ouvrait le champ de l'artillerie de très longue portée à l'Irak où le dirigeant de cette fin de siècle, Saddam Hussein, a été accusé de fabriquer et de stocker bon nombre d'armes sournoises : virus, bactéries, gaz et autres abominations.

Couverture de lancement dans le journal de Spirou en 1984
 
Un projectile rempli des fruits de ce progrès douteux pourrait exterminer des populations entières sans que l'on doive engager un seul avion sur le territoire de l'adversaire.
Les canons géants ont souvent été évoqués dans la fiction et employés dans le cours des guerres de ce siècle. Il y a eu ceux de Jules Verne d'abord, dans Les Cinq cents millions de la Bégum où un savant allemand cherche à détruire une ville voisine, construite par des Français, et celui De la Terre à Lune également où la pièce propulse plus pacifiquement un obus habité vers notre satellite. Durant la Première Guerre mondiale, la Grosse Bertha et ses sœurs ont bombardé Paris à cent vingt kilomètres de distance.