Retour à la naissance de Yoko Tsuno

 
1 - Le Trio de l'étrange

2 - L'Orgue du diable
 
3 - La Forge de Vulcain
 
4 - Aventures électroniques
 
5 - Message pour l'éternité
 
6 - Les Trois soleils de Vinéa
 
7 - La Frontière de la vie
 
8 - Les Titans
 
9 - La Fille du vent
 
10 - La Lumière d'Ixo
 
11 - La Spirale du temps
 
12 - La Proie et l'ombre
 
13 - Les Archanges de Vinéa
 
14 - Le Feu de Wotan
 
15 - Le Canon de Kra
 
16 - Le Dragon de Hong Kong
 
17 - Le Matin du monde
 
18 - Les Exilés de Kifa
 
19 - L'Or du Rhin
 
20 - L'Astrologue de Bruges
 
21 - La Porte des âmes
 


Couverture du Spirou pour le lancement de
"La frontière de la vie" en 1976

Roger Leloup part volontiers d'un décor pour construire ses intrigues, mais l'inspiration naît souvent aussi d'une anecdote personnelle sublimée de manière à en tirer un message universel. L'homme est indissociable de l'œuvre et il convient de lire celle-ci entre les images pour retrouver le chaleureux engagement de l'artiste dans la construction d'un monde meilleur.
Perfectionniste, il ne s'engage jamais à la légère dans un nouveau récit. Il dispose en permanence d'un certain nombre de thèmes et d'idées en gestation, mais ne les finalise qu'au moment où il les sent mûrs dans son esprit.

C'est l'accumulation de petites expériences vécues qui fait un jour jaillir de son subconscient un nouvel épisode de la saga de Yoko Tsuno. La personnalité de sa fille de papier se nourrit de ses réflexions et émotions.
Pour tester l'intérêt de ces intrigues, il sonde souvent ses proches en leur exposant les bases qui se forment. Selon les réactions recueillies, il se lance dans l'aventure ou préfère la postposer jusqu'à ce que ses principaux éléments soient mieux définis.

 
Un cadre exceptionnel s'imposait à lui depuis longtemps : la charmante cité allemande de Rothenburg, parfaitement reconstruite à l'ancienne après le dramatique bombardement qui en rasa une partie à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces rues paisibles avaient une histoire et pouvaient en cacher bien d'autres...
Proposé dans les numéros 1979 à 1999 de SPIROU, du 18 mars au 5 août 1976, La Frontière de la vie commence comme une classique histoire fantastique, avec une sorte d'inquiétant vampire moderne menaçant la santé d'Ingrid Hallberg. Yoko vient au secours de son amie et bien des auteurs se seraient confinés à des péripéties sensationnelles, mais banales depuis les innombrables imitations de Dracula et de Carmilla. Ce ressort déclenchant l'action est en fait l'introduction d'un concerto qui va prendre une ampleur extraordinaire grâce à son thème central, le mystère même de l'existence. En voulant sauver une vie, Yoko frôlera la mort.

— Le climat de menace est tout de suite posé. Aux planches 5 à 7, l'inquiétant visiteur d'Ingrid est présenté de telle sorte qu'il est encore impossible de déterminer son sexe. Même révélé dans le feu de l'action, cet élément reste menaçant pour Yoko, car le masque peut cacher une créature plutôt monstrueuse que sympathique. Lorsque “la vampire” expose enfin le motif de sa quête d'un sang de type rarissime, tout bascule. Yoko peut d'autant mieux comprendre ses actes qu'elle se trouve face à une des habituelles conséquences révoltantes de la conduite agressive des hommes. Les enfants ne sont pas épargnés dans les guerres que mènent les adultes. Artiste au cœur généreux et père de famille attentionné, Roger Leloup a été bouleversé par un tragique incident local : il a voulu en tirer un conte qui se terminerait bien, pour une fois, puisque rien n'effacera malheureusement jamais la réalité.

Yoko habillée avec le costume des guides catholiques pour un autocollant vendu au profit des Guides du Rwanda
 
"— J'ai découvert qu'une petite fille était morte dans le bombardement plus qu'inutile de Rothenburg, dit-il. C'était une petite cité très médiévale, sans intérêt militaire, et elle a été prise pour cible, parmi d'autres, simplement dans le but de semer la terreur pour hâter la capitulation. Un tiers de la ville a été complètement rasé. Je l'ai visitée trente ans plus tard dans le but d'y situer une histoire d'alchimiste. Le dernier jour, j'ai trouvé dans une boutique de libraire un rayon d'ouvrages évoquant l'histoire locale. J'en ai ramené un livre racontant cette journée, Rothenburg im Sturm (Rothenburg dans la tourmente), illustré d'aquarelles en noir et blanc. Cela m'intéressait particulièrement pour déterminer ce qui avait été reconstruit et ce qui était resté tel qu'à l'origine. Il se terminait par d'interminables listes des disparus de la ville au cours de la Seconde Guerre mondiale : au front de l'Est, en Normandie, mais aussi la vingtaine de victimes du bombardement du 31 mars 1945. Parmi elles se trouvaient deux grands-parents ainsi qu'une petite fille, Anne-Marie Dietz, et un bébé."


Suite de la Frontière de la vie