Retour à la naissance de Yoko Tsuno

 
1 - Le Trio de l'étrange

2 - L'Orgue du diable
 
3 - La Forge de Vulcain
 
4 - Aventures électroniques
 
5 - Message pour l'éternité
 
6 - Les Trois soleils de Vinéa
 
7 - La Frontière de la vie
 
8 - Les Titans
 
9 - La Fille du vent
 
10 - La Lumière d'Ixo
 
11 - La Spirale du temps
 
12 - La Proie et l'ombre
 
13 - Les Archanges de Vinéa
 
14 - Le Feu de Wotan
 
15 - Le Canon de Kra
 
16 - Le Dragon de Hong Kong
 
17 - Le Matin du monde
 
18 - Les Exilés de Kifa
 
19 - L'Or du Rhin
 
20 - L'Astrologue de Bruges
 
21 - La Porte des âmes
 
Né à Verviers le 17 novembre 1933, il connut une enfance protégée malgré l'actualité troublée. Parmi ses passions, l'aviation et la bande dessinée. Au début des années cinquante, Jacques Martin venait acheter sa brillantine au salon de coiffure de ses parents où il lui arrivait de prêter la main après des cours de peinture en amateur. Le jeune Roger venait de terminer trois années d'études à Saint Luc, à Liège, et se destinait apparemment à la publicité lorsque le volubile visiteur mentionna qu'il cherchait un assistant pour la période de vacances. A défaut d'en connaître un, Roger se proposa pour réaliser ses coloriages. C'est ainsi qu'il commença à travailler sur les histoires d'Alix dans L'Ile maudite. La commande passée à Hergé de chromos techniques pour la série “Voir et Savoir" va le lancer dans ses premiers essais professionnels de dessins pour l'“Histoire de l'Aviation” et celle de l'Automobile où Jacques Martin est engagé pour diriger la partie technique. Leloup fignole au crayon les engins que le dessinateur repasse à l'encre avant que le maître d'œuvre y ajoute le personnage de Tintin en costume de circonstance.

Roger Leloup avec sa mère et sa grand-mère devant la petite entreprise familiale.

Un jour, Hergé a trouvé peu pratique d'avoir un collaborateur qui se trouvait à des kilomètres de chez lui, se rappelle Leloup. Alors il a réuni tout son monde dans un studio de l'avenue Louise à Bruxelles.

"— C'est comme ça que je me suis retrouvé chez Hergé, un rêve magnifique à l'époque. Un de mes premiers livres de chevet quand j'étais gosse avait été L'Ile noire et je me rejouais passionnément à cet âge l'histoire avec les petits avions que je fabriquais... Me trouver engagé dans ce milieu était une promotion extraordinaire. Je commençais à repasser à l'encre mes dessins et j'ai repris les décors de Jacques Martin dans La Griffe noire tout en continuant ses coloriages."

 

"— En fait, j'ai travaillé sur Alix jusqu'à la première case d'Iorix le Grand. Hergé me demandait surtout des dessins techniques, puis il m'a testé pour le décor de la gare de Genève-Cointrin dans L'Affaire Tournesol. C'était assez amusant parce que j'ai imaginé une verrière et cette gare n'a pas de toit vitré au-dessus! On aurait pu aller prendre des photos... Ensuite, j'ai fait de petites choses ici et là, comme la chaise roulante du capitaine Haddock dans Les Bijoux de la Castafiore, des autos, des motos, des chars et, plus tard, la conception de l'avion de Carreidas dont j'ai même construit la maquette.

Un de mes plus beaux souvenirs a été de me trouver chargé de redessiner tous les avions de la refonte de L'Ile noire, en 1965, et mon fils a reçu d'Hergé la nouvelle version de cet album. Je réalisais mes rêves d'enfant et lui aussi a joué avec des avions à L'Ile noire. Une génération était passée et le même phénomène recommençait... La force d'un personnage de bande dessinée réside dans sa capacité de braver le temps sans vieillir et de passer d'une génération à l'autre. C'est peut-être ce qui m'a fait comprendre que si je voulais réaliser mes rêves, je devais quitter l'anonymat et commencer à développer mon propre univers. J'avais l'impression que je n'avançais plus et j'éprouvais une certaine lourdeur morale. C'est ainsi que vers trente-cinq ans, j'ai eu envie de faire ma propre série après avoir passé quinze ans au studio Hergé... Il faut avouer que Yoko, née sur le papier un soir de Noël 1968, m'a soutenu dans mon audace."


La création est finalement le seul vrai voyage dans le temps que l'homme peut se permettre. A travers elle, il transmet un message qui dépasse de loin la durée de son existence terrestre. Il existe beaucoup de symbolisme dans certains titres choisis par Roger Leloup : Message pour l'éternité, La Frontière de la vie, La Spirale du temps, La Porte des âmes... Ne révèlent-ils pas son souci de laisser une trace de son passage parmi ses proches et amis, avec l'espoir que les aventures de Yoko continueront à charmer les générations qui viendront ensuite ?

Pour le lancement au Canada de l'épisode La Proie et l'ombre, un concours fut lancé pour découvrir un (presque) sosie de Yoko. Le choix porta sur Carolyne Arsenault, une jeune Québecoise de seize ans, qui effectua la promotion locale du personnage au Salon du Livre de cette ville. Charmé par l'idée et par la ressemblance fort réelle de la lauréate, quoiqu'elle ne fût pas japonaise, Roger Leloup l'invita en Europe où ils effectuèrent une petite tournée de promotion de la série. Un merveilleux souvenir pour les deux admirateurs de l'héroïne. Nombre de lecteurs crurent voir Yoko en chair et en os!

Yoko en chair et en os ?